Polyarthrite rhumatoïde : Préserver sa santé oculaire face à une inflammation systémique

29 novembre 2025

Pourquoi et comment la PR peut-elle atteindre les yeux ?

La PR est une maladie auto-immune : le système immunitaire s’attaque à des tissus sains, provoquant une inflammation du revêtement articulaire, mais aussi parfois d’autres organes. Les yeux ne font pas exception. Leur structure, faite de tissus conjonctifs (comme la sclère, la cornée ou la conjonctive), peut devenir la cible des processus inflammatoires propres à la PR. Les globules blancs attaquent alors différentes parties de l’œil, entraînant divers symptômes en fonction de la zone touchée.

  • Prévalence des atteintes oculaires : Les manifestations oculaires touchent de 15 à 25 % des patients atteints de PR (Revue Médicale Suisse, 2016).
  • Facteurs de risque : Une maladie active, une durée d’évolution prolongée et certains traitements immunosuppresseurs augmentent le risque.

Quels sont les principaux problèmes oculaires liés à la polyarthrite rhumatoïde ?

Voici les troubles le plus fréquemment rencontrés chez les personnes atteintes de PR, classés par fréquence et gravité.

1. La sécheresse oculaire (kératoconjonctivite sèche)

  • Description : La sécheresse oculaire, aussi appelée syndrome sec oculaire, est la complication la plus courante. La PR peut s’associer au syndrome de Sjögren, où les glandes lacrymales produisent moins de larmes, entraînant une irritation chronique.
  • Symptômes : Sensation de sable dans les yeux, gêne, brûlures, rougeur, picotements, vision trouble transitoire.
  • Données : Entre 10 et 35 % des patients avec une PR présentent une sécheresse oculaire marquée (Société Française d’Ophtalmologie).
  • Conseils : Utilisation régulière de larmes artificielles, humidificateurs d’ambiance, consultation ophtalmologique en cas d’aggravation (douleur, photophobie).

2. La sclérite

  • Description : Inflammation profonde de la sclère, la membrane blanche de l’œil. La sclérite est plus rare mais potentiellement grave : elle peut conduire à une diminution irréversible de la vision.
  • Symptômes : Rougeur intense, douleur profonde irradiant parfois vers la mâchoire, sensation de lourdeur, parfois altération de la vision.
  • Données : La PR est la cause systémique la plus fréquente de sclérite, représentant 11 à 39 % des cas (British Journal of Ophthalmology).
  • Conseils : Ne pas négliger toute douleur oculaire persistante, consulter rapidement en cas de rougeur douloureuse.

3. L’épisclérite

  • Description : Inflammation superficielle de l’épisclère, juste sous la conjonctive. Elle est moins douloureuse et plus fréquente que la sclérite.
  • Symptômes : Rougeur segmentaire, sensation d’inconfort, sans atteinte profonde ni perte visuelle.
  • Données : Souvent transitoire, l’épisclérite touche jusqu’à 5 % des patients avec PR.
  • Conseils : Surveillance ophtalmologique, prise en charge avec des collyres anti-inflammatoires dans la majorité des cas.

4. La kératite

  • Description : L’inflammation de la cornée peut survenir, particulièrement chez ceux avec un œil sec chronique. Elle expose à un risque accru d’ulcérations, voire de perforation cornéenne.
  • Symptômes : Sensibilité à la lumière, baisse d’acuité visuelle, sensation de corps étranger, rougeur.
  • Données : Chez les patients avec syndrome sec sévère, la kératite apparaît chez environ 20 % d’entre eux.
  • Conseils : Importance de la prévention par traitement du syndrome sec et suivi spécialisé.

5. Les atteintes plus rares mais graves

  • Neuropathie optique : Exceptionnelle, elle se manifeste par une baisse rapide de la vision. Risque accru chez les patients avec vascularites associées.
  • Uvéite : Plus rare que dans d’autres maladies auto-immunes, elle peut survenir dans le cadre de la PR, en particulier chez les enfants.
  • Occlusion vasculaire rétinienne : Encore plus rare, mais possible en cas de PR très inflammatoire et de complications vasculaires.

Comment reconnaître ces manifestations à temps ?

Savoir reconnaître les premiers symptômes permet une prise en charge rapide, limitant les complications. Les signes qui doivent alerter sont :

  • Sécheresse, gêne, sensation de sable dans l’œil
  • Rougeur persistante
  • Douleur oculaire, notamment au mouvement ou à la palpation
  • Baisse brutale ou progressive de la vision
  • Photophobie (gêne à la lumière)
  • Larmoiement paradoxal (en réponse à l’irritation)
  • Tout changement inhabituel ou rapide de l’état visuel

Certains symptômes peuvent être discrets et s’installer lentement, comme la sécheresse. Pour d’autres, comme la sclérite, la douleur est souvent marquée et doit motiver une consultation d’urgence.

Quelles sont les stratégies de prévention et de traitement ?

Les traitements varient selon la nature de l’atteinte oculaire, mais quelques grands principes s’imposent :

  • Lutte contre la sécheresse : Larmes artificielles, gels spécifiques, humidification de l’environnement. Éviter les courants d’air, privilégier les écrans munis de filtres, faire des pauses régulières en cas de travail prolongé à l’ordinateur.
  • Contrôle de l’inflammation systémique : Un bon contrôle de la PR avec les traitements de fond (méthotrexate, biothérapies, etc.) réduit le risque d’atteinte oculaire.
  • Traitements locaux spécifiques : Collyres corticoïdes ou immunosuppresseurs pour les inflammations profondes (sclérite, kératite sévère). Ils sont utilisés sous étroite surveillance en raison de potentiels effets secondaires (élévation de la pression intraoculaire, risque d’infections).
  • Prise en charge multidisciplinaire : La coordination entre le rhumatologue et l’ophtalmologiste est essentielle pour choisir un traitement global adapté.
  • Surveillance régulière : Un examen ophtalmologique annuel au minimum est recommandé, notamment chez les personnes sous traitements à risque (hydroxychloroquine, corticoïdes au long cours).

Quels traitements peuvent eux-mêmes impacter la santé des yeux ?

  • Hydroxychloroquine : Utilisée dans certaines PR, cette molécule peut à long terme entraîner une toxicité rétinienne. Le risque augmente avec la durée de traitement et la dose cumulée. D’où l’intérêt d’un examen du fond d’œil régulier.
  • Glucocorticoïdes : En usage prolongé, ils peuvent favoriser la cataracte, voire accélérer l’augmentation de la pression intraoculaire (glaucome).

Des protocoles de suivi spécifiques sont proposés pour dépister précocement ces complications.

Préserver sa vision au quotidien : conseils concrets

Quelques gestes simples font la différence autour de la prévention et de la préservation de la santé oculaire :

  • Hydrater régulièrement ses yeux avec des substituts lacrymaux adaptés
  • Limiter l’exposition au vent, à la fumée ou à la climatisation
  • Porter des lunettes de soleil à l’extérieur pour limiter l’irritation
  • Appliquer la règle du 20-20-20 : toutes les 20 minutes, regarder à 20 pieds (6 m) pendant 20 secondes pour détendre les yeux (American Academy of Ophthalmology)
  • Adopter une alimentation riche en oméga-3 (huile de colza, poisson gras, noix) qui contribue à la qualité du film lacrymal
  • Ne pas hésiter à communiquer tout nouveau symptôme visuel à son médecin traitant ou son rhumatologue

Questions Fréquentes des Patients

  • Est-ce que tous les patients avec PR auront un problème ophtalmologique ? Non, mais il existe un risque accru, surtout si la maladie est active ou ancienne.
  • Puis-je continuer à utiliser du maquillage ou des lentilles ? Oui mais privilégiez des produits hypoallergéniques ; évitez les lentilles en cas de sécheresse importante.
  • Quel spécialiste consulter pour un bilan ? L’ophtalmologiste est le référent, en lien avec le rhumatologue.

Pour aller plus loin

La santé oculaire gagne à être surveillée régulièrement pour prévenir les complications silencieuses de la PR. S’informer, signaler tout symptôme inhabituel et consulter font partie d’un vrai parcours de soin, pour garder une vie active et préserver sa vision année après année.

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